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Histoires Des Invités

La punition de Sylvie

 

Par Thierry D

 

Je ne peux pas résister au besoin de raconter l'épreuve subie la nuit dernière. Car cette épreuve s'inspirait manifestement de l'un des scénarios dont j'avait eu connaissance. Et cela provoque en moi une grande sensation de plaisir que de la revivre en la racontant.

Au terme d'une après-midi assez calme, occupée principalement à nous cajoler dans notre grand lit carré, au moment où je sortais du lit pour gagner la salle de bain, mon Maître me dit: "Prépare-toi pour sortir, mais ne t'habille pas, reste en tenue d'Ève. Et met aux pieds des souliers plats." Je pensais qu'il voulait choisir pour moi une tenue qui lui plaisait. Erreur? Pas tout à fait! De retour dans la chambre, il m'attendait en tenant mon plus grand des manteaux, mon préféré, couleur blanc cassé, très ample, très long, très chaud. Ce manteau n'a aucun bouton, il ne se ferme que par une boucle au col et par une ceinture en tissu de même couleur que le manteau, qui permet aux pans du manteau de se croiser largement pour garder la chaleur.

Mon Maître me fait signe de me glisser dans le manteau, m'ordonne de réunir mes poignets derrière le dos. J'entends un bruit de cliquet. Je sais intuitivement que ce sont des menottes. Je suis menottée pour la première fois de ma vie. Une bouffée de chaleur envahit mon visage. Ce que j'imaginais si bien se produit. J'angoisse. Je sens que je perds conscience. Au moment de m'effondrer, mon Maître me retient: «N'aie pas peur, je te sais capable de surmonter l'épreuve que je t'ai préparée. Sache que j'ai neutralisé la boucle du col qui ferme en haut ton manteau. L'échancrure baillera et tu ressentiras sans aucun doute un léger frisson d'air froid sur ta poitrine. Quant à la ceinture, ce n'est pas celle d'origine, en tissu. Pour répondre à l'épreuve choisie, elle est en cuir, solide, composée de deux parties unies par un gros anneau au milieu qui se placera donc au milieu du dos. Cette ceinture se ferme et s'ouvre devant, comme n'importe quelle ceinture, à la différence près que, ayant tes mains attachées derrière le dos, tu ne peux par toi-même ni la boucler, ni l'ouvrir. Pour cela il te faut faire appel à une tierce personne. Présentement, la tierce personne, c'est moi.» Tout en parlant, mon Maître rabat l'un sur l'autre les pans du manteau et les fait tenir l'un sur l'autre par la susdite ceinture. Nue sous le manteau, la sensation est plutôt agréable. Mais j'appréhende la suite.

Enfilant sa gabardine marron foncé qui le fait ressembler à un Gentleman-Farmer, casquette épaisse sur la tête, il me prend le bras et m'entraîne comme un vieux couple marié, hors de la maison. Les passants que nous croisons ne semblent rien remarquer d'anormal. Malgré la fraîcheur et le col du manteau ouvert, je respire difficilement. La promenade ne nous conduit pas très loin, jusqu'au parc, à un quart d'heure de marche à peine de la maison. Mon Maître avise un banc inoccupé, un de ces bancs classiques qui meublent la plupart des jardins publics français: deux planches horizontales pour y poser les fesses, une planche un peu surélevée pour y appuyer le dos. Il m'y fait asseoir tout en m'ordonnant: «Glisse tes bras derrière le dossier. Il guide mes bras derrière la planche. Je m'assoie. Mon Maître passe derrière moi et triture les menottes. J'imagine que c'est pour m'en libérer. Erreur! C'est pour les relier à l'anneau de fer placé dans le dos au milieu de la ceinture. Je ne comprends pas ce qui se passe. Il m'explique: «Désormais, tu es attachée à ce banc. Tes bras et ton dos enserrent la planche qui sert de dossier. Si tu essaies de te lever, tu seras retenue par la planche que tes bras solidement attachés à ta ceinture ne pourront briser.»

Je pâlis affreusement. Je comprends les conséquences. La seule façon de me libérer, c'est de dénouer la ceinture, ce que je ne peux pas faire par moi-même ayant les poignets attachés dans le dos. Il faut que je demande l'aide d'un passant... ou que j'attende, ainsi ligotée, que Mon Maître veuille bien se souvenir de moi et venir me récupérer. Tant qu'à faire, je préfèrerais la seconde solution. Mais j'ai peur: «Va-t-il me laisser là toute la nuit?» Mais je déchante immédiatement, il choisit la première option: «Bon! maintenant je retourne à la maison et je t'y attends. Ne me fais pas trop languir, la nuit va bientôt commencer, et elle sera bien remplie.» Un vacarme s'agite dans ma tête. Demander à un passant d'ouvrir ma ceinture, c'est m'exposer nue sous le manteau ouvert sans que je puisse le refermer pour cacher ma honte. Je me raccroche à une branche: je demanderai au passant qui aura eu la bonté de desserrer la ceinture de la remettre en place après avoir fermé le manteau. La voix de mon maître coupe court à cette solution: «Je veux que tu reviennes à la maison, manteau ouvert, ceinture traînant derrière toi, accrochée à tes menottes. Tu dois surmonter ta honte, et considérer d'un œil indifférent les jugements des bourgeois tout autant que les regards lubriques des adolescents.»

Assise sur mon banc du square, je ne pus retenir mes larmes. Je m'en voulais de m'être placée stupidement sous la coupe de ce séduisant pervers. Toutes mes résolutions pour me libérer des tabous de la pudeur volent en éclats. Je reste prostrée, sans que les quelques promeneurs de cette fin d'après-midi ne me remarquent. Du moins je n'en ai pas conscience.

Au bout de quelques minutes, je me ressaisis. Fièrement je redresse la tête, prête à affronter mon déshonneur. Je hèle une dame, qui détourne la tête. Un couple d'amoureux me remarque. Je lui demande de m'aider en expliquant le geste finalement très simple à opérer. La fille desserre la ceinture. Je peux me lever. Là, stupeur! le couple constate que la ceinture reste attachée derrière mon dos, permettant au manteau de s'entrouvrir en laissant voir mon corps nu. Le rouge au front je bafouille quelques excuses incohérentes et m'enfuie à grandes enjambées. La marche rapide a pour effet d'écarter davantage les pans du manteau qui ne tient que pas les épaules, et me voici prête à être sanctionnée pour outrage public à la pudeur. J'essuie quelques lazzis. Un gros porc m'apostrophe: «Alors, la belle, je t'embarque?!» Ce qui me fait courir plus vite. J'arrive, hors d'haleine, à la maison de Mon Maître.

La seule façon d'appuyer sur la sonnette est d'utiliser mon nez, nouvelle épreuve. La porte s'ouvre. Mon Maître m'attendait derrière la porte. Il me prend dans ses bras, vite il déverrouille les menottes. Me traîne vers la chambre à coucher, m'enlève mon manteau, m'allonge sur le lit, m'embrasse sur tout le corps. Il me faut un certain temps pour me remettre de mes émotions. Je n'arrive pas à croire que j'ai franchi seule un obstacle qui, voici à peine une heure, me paraissait infranchissable. Mon Maître se lève, va chercher deux verres de Porto. Nous trinquons dans le bonheur. «Bravo! Félicitations. Le mur qui t'enferme dans le 'qu'en dira-t-on' commence à s'effriter. Encore quelques épreuves comme celle de ce soir, et le tabou de la pudeur disparaîtra totalement. Mais la soirée n'est pas finie.» Mon euphorie disparaît instantanément. Après quelques secondes d'un suspens irritant: «Maintenant, va t'habiller correctement, ajoute Mon Maître, comme une dame de la bonne société. Je t'emmène au restaurant.» Soirée féérique, repas somptueux. Revenus encore excités de cette fabuleuse virée, nous terminons la nuit en faisant l'amour selon une dizaine de positions du Kâma-Sûtra. Le septième ciel...

 

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