PHILOSOPHIE D/S

Le Plaisir De La Douleur

Par Marianne Apostolides

Psychology Today Sept/Oct 99

(traduit par le cercle BDSM)

Pathologie: Science des causes et des symptômes et de l'évolution des maladies. (Le petit Larousse 1995)

Catharsis: Méthode psychothérapeutique reposant sur la décharge émotionnel liée à l'extériorisation du souvenir d'événements traumatisants et refoulés.(Le petit Larousse 1995)

Attache mes chevilles avec ta corde de coton blanc pour que je ne puisse marcher. Attache mes poignets pour que je ne puisse te repousser. Place-moi sur le lit et enroule ta corde sur ma peau pour qu'elle m'agrippe. Maintenant je sais que je ne peux m'échapper et que je dois me soumettre à ta bouche, langue et tes dents, tes mains, tes mots et ton désir. J'existe seulement comme ton objet, exposé à tout.

Pour 10 personnes qui ont lu ces lignes, une personne ou plus a déjà expérimenté avec le sadomasochisme (S & M), qui semble être plus populaire parmi les gens de la classe moyenne et de la haute classe moyenne, selon certains psychologues et ethnographe qui ont étudié le phénomène. Charles Moser, Ph.D., M.D., de l'Institute for Advanced Study of Human Sexuality à San Francisco, a fait des recherches dans le milieu S & M pour comprendre les motivations et les raisons pour lesquelles que des gens demandent d'être ligotés, fouetté et floggé. Les raisons sont aussi surprenantes que variées.

Pour James, le désir fut apparent quand, enfant, il jouait à des jeux de guerre, il espérait toujours d'être capturé. "J'avais peur d'être un malade!" qu'il dit, mais il ajoute, grâce à son expérience de la scène: "Je remercie les Dieus du cuir d'avoir trouvé cette communauté!"

Dans son cas, c'est la scène qui a trouvé James. Pendant une soirée dans un collège, un professeur l'a choisi. Elle l'a amené chez elle, l'a ligoté et lui a dit qu'il était vilain d'avoir ces désirs, même si elle était à satisfaire ses besoins. Pour la première fois, il a ressenti ce qu'il avait tant imaginé et ce qu'il avait lu dans tous les manuels S & M qu'il avait réussi à trouver.

James, un père et un administrateur, qui a une personnalité de type "A", très en contrôle, travailleur, intelligent, exigeant. Son énergie est évidente dans son visage, sa posture et sa voix. Quand il est dans une scène, ses yeux changent et une douce énergie traverse son corps, à travers lui, comme s'il s'était injecté de l'héroïne. Avec chaque coup du flogger, son corps se raidit pour un instant et ensuite il tombe dans un calme profond, une paix encore plus grande, en attente des ordres de sa Maîtresse. "Certains doivent être ligotés pour être libres!" qu'il dit!

L'expérience de James illustre que la pratique du sadomasochisme inclut une relation de pouvoir non balancé, est établie par l'utilisation de jeu de rôle, de ligotage et/ou de douleur. La composante essentielle n'est pas la douleur ou le ligotage mais de savoir que quelqu'un d'autre a le contrôle total sur l'autre, décidant de ce que cette personne entend, fait, touche, sent et ressent. Nous entendons parler d'hommes qui prétendent être des petites filles, de femmes ligotées dans un corset de cuir, de gens criants de douleur à chaque coup du flogger ou quand ils sont enrobés de cire chaude. Nous en entendons parler parce que ça arrive dans les chambres à coucher et dans les donjons à travers le pays.

Pour plus d'un siècle, les gens qui faisaient des activités de ligotages, de douleurs et d'humiliations pour des plaisirs sexuels étaient considérés comme étant malades mentales. Dans les années 80, le American Psychiatric Association a enlevé la catégorie du S & M dans leur manuel Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders. Cette décision, comme celle aussi d'enlever la catégorie de l'homosexualité en 1973, est un grand pas face à la société et pour les gens qui ont des désirs sexuels non traditionnels.

La nouveauté est que ce genre de désir est considéré de plus en plus normal par les experts, voir même souhaitable pour la santé, à cause de son potentiel psychologique. Le S & M, selon ce que les experts croient, offre une "soupape" pour relâcher toute cette énergie émotionnelle et sexuelle, ce qui n'est pas possible pour certains dans le sexe traditionnel. "La satisfaction provenant du S & M est quelque chose de bien plus grand que provenant du sexe!" explique Roy Baumeister, Ph.D., un psychologue social du Western Reserve University. "C'est un relâchement émotionnel total."

Malgré que les adeptes rapportent que leurs sex est toujours meilleurs après une scène. "Le but du S&M n'est pas de finir dans un orgasme mais de finir en catharsis."

Le S & M n'est plus une pathologie.

"Si un enfant en bas âge est témoin d'un acte sexuel entre adultes, cet enfant verra inévitablement l'acte sexuel comme une"punition" ou un acte de soumission dans un sens sadistique."

--Sigmund Freud, 1905

Freud a été un des premier à discuter de S&M à un niveau psychologique. Durant ses 20 années qu'il a exploré le sujet, ses théories n'ont pas cessé de se croiser, créant un labyrinthe de contradictions. Par contre il a maintenu une constante; le S & M est pathologique.

Freud affirme que les gens deviennent masochistes pour régulariser leurs désirs de dominer sexuellement les autres. Le désir de se soumettre provient de ce sentiment de culpabilité du désir de vouloir dominer. Il affirme aussi que le désir de faire du S & M se créer quand un homme veut assumer le rôle passif de la femme avec du ligotage et de la douleur pour représenter la castration, la pénétration et même de donner naissance.

Le point de vue que le S & M est pathologique a été abandonner par la communauté psychologique. "Le sadisme sexuel est un vrai problème, mais est un phénomène différent du S & M" , affirme Luc Granger, Ph.D., à la tête du département de psychologie de l'Université de Montréal, qui a créé un programme intensif pour le traitement des agresseurs sexuels, à la prison de La Macaza au Québec. Il a aussi fait des recherches dans la communauté S & M; "C'est deux populations très différentes!" affirme M. Granger. Le S&M est l'échange négocié du pouvoir avec des participants consentants, tandis que le sadisme est dérivé du plaisir a infligé de la douleur, ou de complètement contrôler une personne non consentante.

Lily fine, une Dominatrice professionnelle qui enseigne des ateliers S & M à travers l'Amérique du Nord explique: " Je vais vous donner de la douleur, mais jamais je vais vous blesser; jamais je vais vous frapper trop fort, jamais je vais vous pousser trop loin ou encore vous donner une infection."

Malgré des recherches indiquant que le S & M ne cause pas de blessure réelle et qu'il n'est pas associé avec aucune pathologie, les successeurs de Freud en psycho-analyse continuent d'utiliser un discoure à teneur de maladie mental quand ils discutent à propos du S & M. Sheldon Bach, Ph.D., professeur de psychologie à l'Université de New York et supervisant des analyste à la Société Freudienne de New York maintiens que les gens sont "accroc" au S & M. Ils ont des compulsions d'être abusé "analement" ou encore de devoir ramper sur leurs genoux et de lécher une botte ou un pénis....ou pire encore! Docteur Bach affirme: "Le problème est qu'ils ne peuvent pas aimer. Ils sont à la recherche de L'amour et le S & M est l'unique façon pour eux de pouvoir faire ces recherches, à causes qu'ils sont pris dans une situation à saveur sadomasochiste avec un parent."

Le rapport entre les souvenirs d'enfants et le sexe adulte.

"Je peux explorer des aspects de moi-même que je ne peux explorer d'une autre façon et cela, même si je suis dans un jeu de rôle, je me sens plus en contact avec moi-même."

--Leanne Custer, M.S.W., conseillière en SIDA

Meredith Reynolds, Ph.D., membre du Sexuality Research Fellow fox thé social Science Research Council, confirme que les expériences de l'enfance forment l'identité sexuelle.

"La sexualité n,est pas une chose qui arrive seulement à la puberté" qu'elle affirme. "Comme n'importe quelle facette de la personnalité, la sexualité se développe à la naissance et se développe dans une direction donnée, pendant la vie d'une personne."

Dans ses recherches sur l'exploration sexuelle chez les enfants, Reynolds a démontré que, même si les expériences de l'enfance affectent sa sexualité rendue adulte, les effets disparaissent avec l'expérience sexuelle. Par contre, chez certains, ces souvenirs de l'enfance resteront, créant une relation entre ces souvenirs d'enfance et le jeu sexuel adulte. "Dans ces cas", affirme Reynolds, " les souvenirs d'enfance ont affecté quelque chose dans la personnalité, qui a son tour a affecté l'expérience adulte."

La théorie de Reynolds nous aide à développer une plus grande compréhension du désir d'être le manipulateur du fouet ou encore un esclave léchant les bottes. Par exemple, si on a montré à une enfant de ressentir de la honte à la vue de son corps et de ses désirs, elle peut apprendre à ce "déconnecter" de son corps et de ses désirs. Même en vieillissant et en acquérant plus d'expérience, sa personnalité va avoir un besoin de garder cette déconnection. Le S & M peut être un pont. Pour elle, de se retrouver nue sur un lit, ligotée aux poteaux du lit avec des liens en cuir, elle est forcée à devenir complètement sexuelle. Les liens, la futilité de se débattre, la douleur, les mots du Maître, lui disant qu'elle est une belle esclave, ces indices permettent à son corps de se connecter avec sa personnalité sexuelle, ce qui avait été difficile pour elle, lors de l'acte sexuel traditionnel.

Marina est un exemple parfait. Depuis l'âge de 6 ans que l'on attendait d'elle de réussir dans les sports et à l'école. Elle a apprise à focaliser sur la réussite comme une façon d'ignorer ses émotions et désire. "J'ai apprise très jeune que les désires sont dangereux." qu'elle dit. Elle a comprise le message dans le comportement de ses parents: Sa mère, dépressive, qui laissait toujours ses émotions prendre le dessus, son père, un homme compulsif à propos de sa santé, étant obsédé par sa diète. Quand Marina a commencé à avoir des désirs sexuels, ses instincts, cultivés par son éducation, trouvaient ces émotions trop inquiétantes, trop dangereuses. "Je suis devenue anorexique, et quand vous êtes anorexique, vous n'avez pas de désire sexuels." qu'elle dit: "tout ce que votre corps ressent, c'est la panique."

Marina n'a jamais eu de désir pour le S & M jusqu'à ce qu'elle devienne adulte et soit en mesure de contrôler son anorexie. "Une soirée, j'ai demandé à mon partenaire de mettre ses mains autour de mon cou et de m'étrangler. J'étais si surprise de m'entendre dire ces mots!" qu'elle affirme. Si elle donne le contrôle total sur son corps à son partenaire, elle sent qu'elle peut se donner la permission de se sentir sexuelle, sans les hésitations et la déconnections qu'elle ressentait parfois lors du jeu sexuel. "Il n'était pas intéressé par ce genre de chose, mais maintenant, je suis avec quelqu'un qu'il l'est!" Qu'elle dit. "Le S & M rend notre sexe vanille meilleur, car, nous nous faisons mutuellement confiance sexuellement et nous pouvons communiquer mieux ce que nous voulons."

S'échapper de l'Égo moderne.

" Tout comme l'alcool, l'abus dans la nourriture ou la méditation, le sadomasochisme est une façon pour que les gens oublient à propos d'eux-mêmes.

--Roy Baumeister, Ph.D., professor of psychology, Case Western Reserve University

C'est dans la nature humaine de maximiser l'estime de soi-même et le contrôle: Ceci est deux principes généraux qui gouvernent l'étude de soi-même. Le masochisme est contraire à ces principes, donc, un intéressant casse-tête pour Baumeister, qui a consacré sa carrière à l'étude du soi et de sa propre identité.

A travers l'analyse de lettre S & M jusqu'à l'analyse de différentes variations de magazines, Baumeister croit que le "masochisme" est une série de technique pour aider les gens pour perdre temporairement leurs identités normales. Il raisonne que " l'Égo moderne est composé d'une structure incroyablement élaborée, ou notre culture met de plus en plus de pression sur l'individu, beaucoup plus que n'importe quelle autre culture dans l'histoire. Cette pression sur l'individu augmente le stress associé avec les attentes et de devenir la personne souhaitée. Cette possibilité de perdre temporairement cette identité "normal" devient très alléchante. Baumeister dit: "que c'est une des raisons pourquoi les gens se tournent vers le S& M."

"Rien n'est important, excepté toi, moi et le son de ma voix." Lily Fine parle à cet homme d'affaire, ligoté et exposé qui lui a supplié de recevoir une fessé avant le déjeuner. Elle lui parle lentement, le faisant patienter pour chaque syllabe, le forçant à focaliser sur elle, flottant dans l'anticipation des émotions qu'elle va créer en lui. Les anxiétés, le stress des hypothèques, de ses associés ou encore des délais d'expirations disparaissent tous à chaque fois que le flogger touche sa peau. L'homme d'affaire est réduit à cette créature existant seulement maintenant ici, ne ressentant que la douleur et le plaisir.

"Je suis intéressée de manipulé ce qui est dans la tête," affirme Lily; "Le cerveau est la plus grande zone érogène!"

Dans une autre scène S & M, Lily ordonne à une femme de se déshabiller et ensuite, l'habille seulement que d'un bandeau sur les yeux. Elle ordonne à la femme de ne pas bouger. Lily prend un mouchoir et ensuite le déplaçant légèrement sur le corps de la femme à différents endroits et à différentes vitesses, en variant l'angle. Quelque fois, le tissu touche à peine le corps et les seins de la femme, d'autre fois, elle fait des tourbillons avec le mouchoir sur le dos en descendant. "La femme frissonne, elle ne sait pas ce que je lui fais, mais elle semble apprécier!" affirme Lily.

La théorie de "perdre son identité" est supporté par un idée appelé "analyse d'encadrement (frame analysis), développé par feu Irving Goffman, Ph.D. Selon Goffman, malgré la conception populaire de ce que le S & M peut être sombre et orgiaque, le S & M a des règles complexes, des rituels et une dynamique qui crée cet encadrement autour de l'expérience S & M.

"Cet encadrement suspend la réalité. Il crée des attentes, des normes et des valeurs qui rendent ces situations différentes de la vie quotidienne." confirme Thomas Weinberg, Ph.D., un sociologiste au "Buffalo State College"à New York et est l'éditeur du "S & M: Studies in Dominance & Submission (Prometheus Books, 1995)."

À l'intérieur de cet encadrement, les gens sont libres d'agir et de ressentir librement d'une façon qu'ils ne pourraient pas faire normalement.

Le S&M fait parti du continuum sexuel.

Le S & M a inspiré la création de plusieurs théories psychologiques en plus de ceux déjà discutés ici. Avons-nous besoin d'autant de théorie? Peut-être que non. Selon Stephanie Saunders, Ph.D. director associé du "Kinsey Institute for Research in Sex, Gender and Reproduction" à l'université de l'Indiana, " plusieurs comportements sont examinés à cause qu'ils sont perçus comme marginal, sont en réalité, faisant parti du continuum de la sexualité et du comportement sexuel.

Après tout, les ingrédients d'une bonne scène S & M sont; la communication, le respect et la confiance, ingrédient qui sont les mêmes dans un le sexe traditionnel. Le résultat est le même, un sentiment de relation à son corps et à soi-même.

Laura Antoniou, un écrivain qui a ses ouvrages à propos du S & M, publié par Masquerade Books à New York, explique ceci d'une autre façon; " Quand j'étais enfant, j'avais des rêves S & M. je punissais Barbie d'avoir été vilaine. Je ligotais Barbie, je dominais GI Joe. Le S&M est tout simplement ce qui m'exite.

L'utilisation du fouet réfléchi: se rendre plus loin que les barrières du jeu sécuritaire.

Le S & M peut être une activité qui peut être psychologiquement saine. Sa devise est: Sécuritaire, sain et consensuel. Par contre, à certaines occasions, les choses vont plus loin que prévue.

Abus

Il est rare que cela arrive, mais des fois, le Dominant (top) devient tellement "intoxiqué" par le pouvoir créé par la soumission, qu'il en oublie de contrôlés le traitement fait à sa soumise. "Je les appelle les 'Natural Born Tops'" dit Lily Fine, "et je n'ai pas de temps pour eux." Certaines personnes soumises désirent être battues car elle a une très basse opinion d'elle et croit qu'elle mérite d'être battue. Elles sont misérables, sans réponses et absentes durant une scène. Dans ce cas, le S & M cesse d'être un jeu et devient pathologique.

Limites

Un petit pourcentage de gens amène d'une façon erronée, la S & M dans d'autre facette de leurs vies. "la majorité des gens qui pratiquent le S & M sont dominants ou soumis dans des situations très spécifiques, et malgré, que, dans leurs vies, ils doivent prendre toutes sortes de rôles différents." Affirme Luc Granger, professeur de psychologie. Il continue; " Si la seule façon qu'une personne peut avoir une relation avec une autre est à travers une relation sadomasochiste, cela indique qu'il y a probablement un problème psychologique plus profond.

L'utilisation du S & M comme thérapie.

"Les gens confondent souvent le fait de bien se sentir après une scène S & M avec l'idée que le S & M est une thérapie, affirme le professeur de psychologie Roy Baumeister. " Pour prouver que quelque chose est thérapeutique, vous devez prouver qu'il y a des effets bénéfiques durables sur la santé mentale....et il est très difficile de prouver qu'une thérapie est thérapeutique." En terme mental, le S & M ne vous rend pas plus en santé ou en pire santé mentale.

Marianne Apostolides est l'auteur de "Inner Hunger: A Young Women's Struggle through Anorexia and Bulimia (W.W. Norton, 1996)."

Publication: Psychology Today
Date de publication:Sep/Oct 99
(Document ID: 417)

 

THE BDSM CIRCLE / LE CERCLE BDSM 2005